Le Christ en croix au musée Boucher-de-Perthes d’Abbeville

C2RMF abbeville.jpgAnonyme des Abruzzes, Le Christ en croix, vers 1420-1440. Tempéra sur panneau de peuplier. H.0, 35 m ; L. 0,26 m. Abbeville, musée Boucher-de-Perthes. (Avant restauration ©C2RMF/Gérard de Puniet- Après restauration ©C2RMF/Thomas Clot)

Trois tableaux du musée Boucher-de-Perthes ont été restaurés au C2RMF pour Heures italiennes sous la conduite de sa directrice Agathe Jagerschmidt.

Le Christ en croix présentait des soulèvements car des baguettes à contrefil, destinées à masquer le jour dans la vue du cadre du XIXe siècle, empêchaient le libre jeu du bois. La radiographie a révélé que le panneau était cassé en deux et mastiqué sur toute sa hauteur. Jonathan Graindorge-Lamour a engagé une importante restauration du support : il a retiré les baguettes contraignantes et le doublage en châtaignier masquant la cassure, pour installer le panneau sur un berceau à ressorts puis dans un soclage en acier teinté de sa conception.

Rosaria Motta a pratiqué un nettoyage approfondi de la couche picturale chargée de repeints débordants. Elle a mis en valeur l’original, en particulier le manteau de la Vierge, le fond d’or et les poinçons. Sa grande connaissance des Primitifs italiens rend la matière originale du tableau plus lisible : l’or usé laisse voir le bol rouge, le manteau jaune de Saint Jean, sans doute teinté de laques, est décoloré. Le manteau bleu de la Vierge était monté à l’aide d’une sous-couche verte visible en bas à gauche. La principale difficulté a résidé dans la réintégration des lacunes le long de la cassure. Un ton de fond de type acqua sporca a évité d’inventer des mouvements pour les plis du manteau, car ceux-ci semblent caractéristiques de ce peintre, à en juger par le superbe dessin sous-jacent enroulé perceptible à l’œil nu et a fortiori aux infrarouges.

Stéphanie Deprouw-Augustin


A voir dans l’exposition : LES PRIMITIFS (XIVe-XVe SIÈCLES) à AMIENS, MUSÉE DE PICARDIE | 10 MARS – 2 JUILLET 2017